|
Monsieur Christoph Paul, que signifie pour vous la médiation binationale, vu le nombre croissant de mariages, suite à la globalisation, entre hommes et femmes de pays différents? Que pensez-vous de l'application de cette procédure par rapport aux séparations binationales ?
C’est justement dans le domaine international que l’on doit trouver des solutions qui représenteraient un supplément voire même une alternative totale à la procédure juridique. La médiation n’est plus maintenant uniquement un moyen supplémentaire pour régler le conflit, mais également une alternative à la procédure juridique.
Si l’on aboutit dans le cas des mariages binationaux à un procès, il y aura dans ce même cas deux règlements de procédure - malgré Bruxelles II a et tous les grands développements qui en découlent. Les particularités des circonstances internationales font qu’il nécessaire que des couples cherchent une véritable issue indépendamment de ces dispositions juridiques.
Je considère que des personnes qui concluent un mariage international, ont aussi un grand besoin d'autonomie. Elles sont conscientes d’évoluer de part leur partenariat en dehors de leur monde national normal. Une éventuelle séparation pourrait en ce sens, tout comme l'organisation et la vie de couple, être empreinte d'une plus forte autonomie.
Ces deux aspects, celui de la situation juridique particulière dans le secteur binational, et celui de l’individualité dans l'organisation de vie des mariages binationaux, sont, d’après mon expérience, des guides à la médiation.
Avez-vous eu des expériences typiques en rapport avec des cas de médiation binationale dont vous voudriez nous faire part ?
Moi-même j’ai connu un soi-disant arrière-plan de migration. Mon père était d’origine norvégienne et je connais les particularités de relation dans le couple, de parent à parent et de parent à enfant dans un tel contexte. Je retrouve en fait dans mes médiations tout ce que je connaissais à la maison. C’est à dire que de tels parents savent précisément qu'ils sont à la recherche d’une solution qui satisfasse cet arrière-plan culturel mutuel.
D’après mon expérience, les parents utilisent les chances de la médiation aussitôt que l’on réussit à éveiller leur attention et leur intérêt.
Le succès donne raison à la médiation. Le fait que dans la procédure de médiation les parents communiquent dans un premier temps et qu’ensuite dans un deuxième temps discutent déjà des premières solutions possibles et que suite à cette phase d'essai débouchent sur des solutions fermes, fait apparaître justement, dans des situations que j’avais médiées, dans des séparations de parents binationaux ou internationaux, le choix de la vraie voie qui mène à la réussite.
J'ai beaucoup de procédures qui me sont assignées par la cour, dans lesquelles la procédure juridique touche à ses limites, où– vu sous l’angle positif : avec la protection de la procédure juridique ou vu sous l’angle négatif : avec la pression de la procédure juridique, -, quelque chose est tout à coup alors élaboré, ce que le couple, à mon avis, d’après mon expérience et les témoignages des couples eux-mêmes, n’aurait jamais réussi, sans une telle procédure de médiation. |
|
Quelles différences percevez-vous entre les médiations binationales et celles qui ont lieu dans le contexte national ?
Celui qui accepte de se »soumettre » à une telle procédure binationale a une motivation si grande que la probabilité d'une entente est particulièrement grande.
Si une médiation dans la procédure binationale est commencée – lorsqu’ont été déterminés le lieu et la date de la rencontre, la durée, le règlement des frais et des autres particularités - si cette première grande étape de la médiation a été mise en place et que les parents sont installés en médiation, alors seulement je peux dire, que j’ai à coup sûr une probabilité d’entente de presque 100%. Cela semble peut être un peu trop optimiste .Mais je dois dire que je connais aussi des procédures où le couple n’a pas abouti à une entente dès la première rencontre. Mais ils ont parlé ensemble. Ils avaient posé des photos des enfants sur la table, s’étaient donné rendez-vous et disaient, okay, rien de concret encore, mais peut-être qu’à la prochaine étape quelque chose serait possible. Je considère ici les chances d’une entente comme beaucoup plus probable que dans le cadre national.
Dans quelles nationalités et cultures se trouve votre priorité de travail ? Travaillez-vous seulement dans les médiations binationales ?
J'ai des expériences principalement dans les médiations germano-américaines - j'avais là la plupart des cas – puis viennent les médiations germano-britanniques, germano-polonaises, germano-norvégiennes, germano-danoises.
Si possible, je ne travaille pas seul. Je ne fais cela que lorsque je ne trouve pas de co-médiatrice dans le pays correspondant.
Un jour, je n'ai pas trouvé de Co-mediatrice pour le Danemark. Mais j'ai cherché et ai trouvé en fin de compte sur internet une étudiante danoise, qui étudiait ici la philologie allemande à l’Université Humboldt et elle fut une Co-Partenaire idéale et d'une grande importance. pour la mère danoise.
Quels souhaits formuleriez-vous pour une association de médiateurs, comme le MFBE ? Y aurait-il quelque chose que vous aimeriez apporter au MFBE?
Je souhaite que les principes de cette association soient marqués par le fait qu'une médiation dans la procédure internationale soit si possible une Co-médiation. En outre, qu'une telle médiation prévoit un couple bi-professionnel, où coopèrent respectivement un homme et une femme. „Vivat, crescat, floreat « - que l'association grandisse et prospère. Je me réjouirais, si le MFBE était accepté par les groupes de médiateurs nationaux respectifs et que le plus possible de médiateurs soient motivés à coopérer et d’entrer dans ce secteur si captivant de la médiation binationale.
L’interview a été menée par Klaus Schmidt |